Angra - Aqua
SPV

Fondé en 1992, le groupe brésilien a rapidement conquis le cœur des fans européens avec les albums ANGEL CRY (1993), HOLY LAND (1996) et FIREWORKS (1998), des disques extraordinaires emmenés par des musiciens touchés par la grâce, rien que ça. Par après, les choses se gâtent : le groupe éclate et perd trois de ses musiciens, ce qui sur cinq représente quand même une grosse partie. Les guitaristes Rafael Bittencourt et Kiko Loureiro conservant le nom du groupe et trouvent les perles rares pour remplacer les artistes ayant mis les voiles vers d’autres cieux. Et, incroyable mais vrai, la nouvelle mouture réussit à éclipser la précédente avec le chef d’œuvre qu’est REBIRTH (2001). Un disque qui porte magnifiquement son titre à plus d’un égard. Au chant, Edouardo Falaschi crée la surprise, arrivant à éclipser son prédécesseur (Andre Matos parti fonder SHAMAN). L’année 2004 voit la sortie de TEMPLE OF SHADOW qui marque plus clairement que son prédécesseur l’identité brésilienne des musiciens et vire nettement Prog, tout comme la galette suivante AURORA CONSURGENS (2006). De nouvelles tensions avec le management retardent donc la sortie de l’album suivant et AQUA ne sort dans les bacs qu’en 2010, marquant aussi le retour de Ricardo Confessori à la batterie.

Introduction érudite avec Viderunt Te Aquae, dans le genre chant de messe, aussi incongru qu’inutile. Heureusement le déferlement de riffs de Arising Thunder a tôt fait de remettre les pendules à l’heure. La batterie martèle ses futs en vitesse et finesse. La voix de Edu s’avère toujours aussi séduisante. Le titre s’envole dès les premières secondes. Le partage des soli qui s’ensuit est un vrai bonheur, sur un seul titre, c’est le déluge, de quoi remplir la face A d’un vinyle. La basse de Felipe Andreoli ne fait pas non plus de la simple figuration. Le groupe est en place et cela se sent. Tricotage type du Metal Prog avec Awake From Darkness, le titre part un peu dans toutes les directions, la mélodie chantée n’ayant aucun rapport avec les premières mesures. Le premier break nous la joue notes saccadées et riff au scalpel avant de laisser la place au clavier et une mélodie mélancolique. Roulement de batterie et les guitares se déchaînent sur les cordes des doigts (ou quelque chose dans le genre), pour un solo bien trop court si on compare au titre précédent. Donc, le morceau a tendance à se disperser mais heureusement pas trop.

Baisse de tension notable avec le mid-tempo Lease Of Life avec un piano omni présent et son chant tout en douceur, passé l’introduction, le titre plonge dans la ballade. Les instruments se déchaînent lors du solo, puis la tension redescend aussi rapidement qu’elle est montée. Heureusement, cette léthargie nous quitte pour The Rage Of The Waters où on a la vitesse de l’attaque des cordes s’avère d’une redoutable précision chirurgicale. Un premier pont qui ralentit la vitesse d’exécution et laisse la basse et les percussions se mettre en évidence. Ils passent la main aux guitares qui entrent discrètement dans la danse avant d’exploser. Des guitares aux sonorités hispaniques se mixent avec une mélodie orientale, Spirit Of The Air ouvre un bal qui fait la part belle à différentes influences. Le chant est toujours aussi chaleureux. Mais alors qu’on a passé le cap de la moitié des plages, la lassitude commence à poindre. Tous ces titres à tiroirs, ça commence à bien faire. Ce Spirit possède moins de punch que les plages précédentes, la voix manque de conviction et de ce fait le titre aussi.

Bruitage à tous les étages en introduction de Hollow dont on se demande bien où il va finir par nous conduire. La voix de Edu opte pour un ton plus calme (donc proche de son prédécesseur) que ce qu’il fait avec son propre groupe (voir la critique de ALMAH par ailleurs publiée prochainement). A nouveau, les montées d’énergie contenue se partagent avec les accalmies refroidissantes. Soit un titre où les multiples tiroirs ont fini par atterrir sur nos orteils, casse-pied donc. Cette regrettable impression de lait qui déborde de la casserole se poursuit avec le tempo modéré de A Monster In Her Eye. La plage met du temps à vraiment démarrer et on ne se réveille réellement qu’au solo de guitare, sans compter que la lassitude a tôt fait de submerger une nouvelle fois l’auditeur avant la conclusion du titre.

Perdue dans cette lassitude, les multiples trouvailles et l’énergie de Weakness Of Man peine à émerger du lot. Ce qui s’avère regrettable, un tel titre, mieux entouré, aurait fait merveille, car tout y est : voix chaleureuse, mélodie entraînante, tornades instrumentales, variations. Mais l’auditeur, arrivé à ce stade de l’album, a déjà jeté l’éponge. Et on oublie le final au piano de Ashes, titre mélancolique qui donne envie de définitivement jeter le CD. Oui, la plage est bien construite, mais guère passionnante. Quant à la reprise remixée de Lease Of Life, elle est parfaitement inutile.

Bref, sur la durée, cet AQUA s’avère lassant et peu convainquant car beaucoup trop Prog. Et seul le titre Arising Thunder sort du lot : En outre, à aucun moment on ne peut mettre en cause le talent des musiciens, mais au niveau des compositions, ça coince aux entournures. Cet album paradoxalement devrait réjouir les amateurs du Prog qui seront sans conteste aux anges. Mais les personnes allergiques au Metal hyper technique sont invitées à passer leur chemin sous peine d’une plongée vertigineuse dans un ennui abyssal. Fan d’ANGRA dans les années ’90 et amateur sans réserve de leur Rebirth, je n’aurais jamais cru un jour devoir rédiger une critique négative à leur égard. Le pire arrive parfois.

Mr Spok

6/10